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mercredi 20 juin 2012

Brève rencontre




C'est une histoire très brève qui m'est arrivée à Lisbonne dans un bus orange de la Carris.

J'avais 25 ans. J'avais choisi de quitter la France et principalement mon métier ( journaliste dans la presse régionale), accessoirement mon grand amour. Ou le contraire.

C'est une mère de saint (mae de santo) de Salvador de Bahia qui m'avait conseillé cette rupture. Tourner la page. Je n'aimais plus mon métier sans doute aussi parce qu'il ne m'aimait pas. Pas mon métier, mon grand 'amour.

J'étais partie en vacances au mois de janvier, à Lisbonne et j'étais miraculeusement tombée amoureuse d'un jeune portugais dans le train.


Ensuite, j''ai lu Tabacaria (bureau de tabac) de Fernando Pessoa. J'ai lu Os Culs de Judas (le Cul de Judas) de Antonio Lobo Antunes. J'ai commencé à apprendre le portugais avec une brésilienne qui habitait derrière la gare Montparnasse. J'y ai appris des phrases que je n'ai jamais réutilisées pour héler le porteur de bagages ou demander au garçon d'étage d'appuyer sur le bouton de l'ascenseur.

Un an a passé avant que je prenne la décision de tout quitter. Le jeune Portugais avait une fiancée qui s'appelait Hortensia et allait se marier. C'était déjà du passé quand j'ai débarqué pour apprendre le portugais et lire la poésie portugaise en portugais. Je dis souvent que je suis née à Lisbonne cette année là. C'est une façon de dire que cette ville et ses habitants m'ont sauvé la vie. Ses poètes aussi.

Voilà comment je me suis retrouvée dans le bus orange de la Carris assise à parler en portugais avec une hollandaise et un chinois. Ou un béninois et un espagnol. Je ne me souviens plus avec qui j'étais. Peut être même que j'étais seule et je lisais. De la poésie portugaise. Um pais de poetas. Un pays de poètes.

J'avais loué une chambre dans une maison à Estoril. La propriétaire était la demi soeur de Fernando Pessoa. La femme de ménage prétendait que je dormais dans le lit du poète.

Ça a été très bref. A un moment je me suis retrouvée seule dans le bus. Un jeune homme avec des lunettes moitié chauve s'est levé juste avant l'arrêt, il s'est dirigé vers moi, m'a souri et sans un mot, m'a tendu un morceau de papier . Il est descendu. J'ai déplié le papier et j'ai lu avec difficulté son écriture de pattes de mouches :

Realizar o amor é desiludir-se Quando nao é desiludir-se é acostumar-se Acostumar-se é morrer. Por mim so amei na minha vida e amo a um estrangeiro de quem nao vi mais do que o perfil, a um cair de tarde quando estavamos numa multidao...
et c'était signé : Fernando Pessoa.
Je n'ai jamais revu ce jeune homme. De toute façon, tout s'est passé si rapidement que j'aurais été incapable de le reconnaître. J'ai l'impression d'avoir rêvé mais j'ai conservé le petit bout de papier.


Vivre son amour est une désillusion. Quand ce n'est pas une désillusion, c'est l'accoutumance. L"accoutumance, c'est la mort. Moi dans ma vie j'ai  seulement aimé et j'aime une étrangère dont je n'ai vu que le profil, à la tombée de la nuit , alors que nous étions dans une foule.

mercredi 16 mai 2012

étiqueter


L’espace urbain construit l’environnement quotidien de ceux qui y vivent  et constitue une part de notre expression matérielle. On peut lire dans la ville l’organisation de la vie en société. On peut comprendre comment un peuple transforme un paysage en fonction de son développement historique, économique et culturel. Il y a dans ce paysage urbain le dessein de voies principales qui tendent à nous réunir et à tracer des chemins prédéfinis.
L’artiste sera celui qui empruntera des chemins secondaires.
Révélateur de perspectives pour la ville, l’artiste œuvre au dévoilement de l’espace monde. Si l’urbanisme travaille à la nécessaire cohésion d’un ensemble, l’artiste par sa démarche individualiste et singulière trace de nouvelles voies dans les espaces communs.
Vous êtes invités à explorer le territoire de la ville, à ouvrir des voies inédites, à aider à renouveler des regards sur nos chemins quotidiens, à conférer du sens et du sensible, en travaillant sur la mémoire, le visible et l'invisible, l’anecdote, le privé et le public, les bancs et places publics mais aussi les vitrines et façades… à regarder ses habitants avec un œil tendre ou cynique... pour  faciliter l'appropriation sociale et l'identification à une ville protéiforme qui est une véritable couture, un tricotage, un rapiéçage, d’éléments en juxtaposition ou en superposition.
La ville est là, avec ses surcharges, ses circulations, ses instants, ses jours, ses nuits… Mais il reste le plus difficile : Comment travailler à sa lecture, à sa poésie ? Comment rajouter du signe à un univers de signes ? Comment dénoncer ses rouages et ses dérives  sans juste l’illustrer ? Nous vous invitons à proposer un projet qui  s’encrera sur une lecture de second degré de la ville de Nouméa.
Un carnet de voyage…
( texte de l'appel à projets pour l'exposition La ville et ses chemins de traverse)








lundi 14 mai 2012

arbres urbains


Est ce  que les arbres de la ville parlent ?   Est ce que c'est le bruit des voitures qui nous empêche de les entendre ?  Sur l'écorce, on dirait une langue inconnue.

Les aborigènes de la Nouvelle Galles du Sud gravaient les troncs des arbres.

mercredi 2 mai 2012

racines

Pas facile d'écrire sa vie en quelques lignes.  Pour expliquer pourquoi j'ai écrit : comment les hommes trouvèrent leurs racines.
Certains naissent enracinés et d'autres déracinés. d'autres encore naissent sans racines. Il n' y aucun mérite à naître ici ou là. C'est comme ça. J'ai longtemps envié les histoires des autres. Les épopées familiales des autres.


Je suis née il y a cinquante ans à Orléans. Mes parents venaient de régions différentes et avaient trouvé du travail chez les Américains qui avaient encore à l'époque des bases militaires en France. J'ai vécu mes premières années au 16 ème étage d'une tour qui surplombait une voie ferrée, une église qu'on disait alors futuriste et la maison d'arrêt sur laquelle donnait la fenêtre de ma chambre d'enfant.
Il aurait fallu un gigantesque banian pour trouver dans un tel lieu des racines et les banians ne poussent pas à Orléans. Je suis née sans racines et j'ai depuis longtemps une fascination pour les hommes et les femmes enracinés. J'ai sans doute comblé ce manque en choisissant le voyage comme mode vie.

Est ce le bruit des trains qui a accompagné toute mon enfance ou mes ancêtres cheminots qui m'ont donné envie de lever l'ancre ? Est ce le nom de mes camarades de classe ou leur lieu de naissance qui m'ont invité au voyage ? Ou les cartes et les planisphères accrochés sur les murs de l'école ?

En tous cas, c'est l'école qui m'a donné le goût de la poésie et de l'écriture. Enfant, j'hésitai entre le métier de poète ou celui de maîtresse d'école. Comme je suis raisonnable, j'ai étudié le journalisme.
J'ai exercé ce métier pendant cinq ans et je me suis rendue compte que mon amour de l'écriture n'y trouvait pas son compte.